CABET (É.)


CABET (É.)
CABET (É.)

CABET ÉTIENNE (1788-1856)

Jeune avocat, issu d’une famille d’artisans bourguignons, Cabet adhère à la Charbonnerie et devient même membre de son comité dirigeant, la Vente suprême, sous la Restauration. Un moment procureur général en Corse, au lendemain de la révolution de Juillet, puis député de la Côte-d’Or, en 1832, Cabet évolue peu à peu vers des positions radicales. Il fonde en 1833 un journal, Le Populaire , mais doit dès l’année suivante s’exiler en Angleterre en raison de ses idées républicaines; peu après son retour à Paris, il publie l’Histoire populaire de la Révolution française de 1789 à 1830 et son ouvrage le plus célèbre, le roman utopique Voyage en Icarie (1840). Influencé par les utopistes antérieurs, Thomas More en particulier, par Rousseau, par Robespierre, par Owen, Cabet estime que l’égalité absolue et la fraternité conduisent naturellement au communisme des biens. La propriété abolie, le commerce supprimé, l’économie et l’éducation placées sous le contrôle de l’État, chacun recevant une rémunération selon ses besoins, tous les vices de la civilisation seront exterminés; le progrès de l’industrie permettra l’abondance. Pour l’installation du communisme, Cabet récuse l’emploi de la violence, confiant dans la seule force de la discussion et de l’exemple: «Du prosélytisme seulement et toujours du prosélytisme, écrit-il, jusqu’à ce que la masse adopte le principe de la communauté.» En 1846, il publie Le Vrai Christianisme suivant Jésus-Christ ; il y développe une conception millénariste du christianisme, très proche de celle de Weitling. Se référant à la secte des esséniens, il voit en Jésus un «pionnier d’une organisation sociale appelée royaume de Dieu», et qui préfigure déjà la société communiste.

Au lendemain de la révolution de 1848, à laquelle les cabétistes prennent une part active, Cabet rejoint ceux de ses disciples qui ont fondé une nouvelle Icarie au Texas. Le passage de «l’Icarie écrite à l’Icarie pratiquée» (H. Desroche) et les essais de réalisation de «communautés partielles» (en opposition à la communauté globale, prônée par Cabet dans ses ouvrages) s’avèrent décevants. Mais, malgré les scissions et les échecs, les communautés icariennes survivront à leur inspirateur, la septième et dernière ne disparaissant qu’à la fin du XIXe siècle.

Cabet n’est ni un prolétaire ni un agitateur. Docteur en droit, il a assumé des fonctions officielles et a été secrétaire du très bourgeois Dupont de l’Eure. Admirateur de la Révolution française, il écrit dans l’ouvrage qu’il consacre à celle-ci: «Par démocratie [...] j’entends le système social et politique le plus favorable à la dignité et au perfectionnement de l’homme, à l’ordre public, au respect des lois et au bonheur de tous les citoyens, en lui donnant pour fondement l’éducation et le travail.» Prônant la représentation au suffrage universel et préconisant l’éducation populaire, il apparaît comme «un démocrate devenu communiste». Pour lui, le communisme «est la réalisation la plus complète et la plus parfaite de la démocratie» et le projet communiste qu’il propose tient plus de l’application d’utopies communautaires à la société entière que d’une réflexion approfondie et critique ou d’un projet révolutionnaire.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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